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Auteur : Anatole Sternberg Date : 5 juillet 2002 Thème : "Rodrigue, as-tu du lien ?" |
![]() Anatole chez le tapissier décorateur C.LASSALAS |
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Mais
elle rêve ! Fatigué comme le petit prince qui a subi la splendeur de 437 levers du soleil dans une seule matinée, Rodrigue arrive au lieu du rendez-vous, à Billom. Etrangement, personne ne fait attention à Rodrigue, surnommé le Cid, qui, depuis sa mort attaché à son cheval, est normalement suivi par une foule qui l’acclame. Mais à l’instant même où Rodrigue traverse le village, se tient le festival du dire et les Billomois, pensant qu’il s’agit d’un comédien quelconque, ignorent ce chevalier mélancolique. Rodrigue a chaud dans son armure qu’il enlèverait bien une fois pour toutes. Il y a déjà quelques siècles qu’il a commencé à puer là-dedans et Rodrigue ne rêve que d’une chose, C’est de prendre un bain, de se débarrasser de sa cuirasse qui lui pèse plus lourd que l’obligation de répéter depuis bien trop longtemps le même spectacle qui a perdu son charme. Assoiffé, il s’arrête devant un bar et, incapable de descendre de son cheval, il appelle le propriétaire. Mais à la grande surprise de Rodrigue, ce n’est pas le patron ou la patronne qui sort mais Senora Rosa Maria Gonzales en personne ! Ce n’est pas possible, comment a-t-elle fait, qui lui a parlé de la réunion ? Pour une fois, Rodrigue avait pensé avoir échappé à Rosa Maria qui le suit partout où il va. Comme sa mère et sa grand-mère l’ont suivi, comme toute la lignée des Gonzales l’a fait depuis maintenant presque mille ans et ça, seulement pour lui poser toujours la même question - Rodrgue as-tu du lien... ? Rodrigue ne dit rien et Senora Gonzales le regarde avec les yeux écarquillés, attendant impatiemment d’avoir enfin une réponse. Comme cette scène se répète depuis toujours, l’habitude a fini par créer une espèce de lien entre Rodrigue et les Senoras Gonzales qui ne se lassent pas de répéter, encore et encore, la même question. Tout en ignorant Senora Gonzales, Rodrigue attend. Son auteur ne va pas tarder à arriver. Cette Corneille. C’est de sa faute à lui si Rodrigue se trouve, depuis une éternité, dans cette situation pénible de hisser son cadavre sur son cheval. Petit à petit les autres arrivent : d’abord les rois shakespeariens (parmi eux, Richard III, qui regarde jalousement le cheval de Rodrigue), après Alceste, Tartuffe, Scapin, Cyrano, Andromaque, Phèdre, Agamemnon, etc etc etc, bref, tous les premiers rôle de théâtre, en colère, tous les cauchemars des écoliers, tous les héros usés de la scène envahissent Billom pour y protester contre leurs auteurs. Grève générale ! Il faut que ça s’arrête, on est fatigué, on en a marre de répéter toujours les mêmes spectacles, ça suffit ! Où sont les auteurs ? Rodrigue, le porte-parole des personnages historiques, commence à comprendre. Il n’y aura pas de pourparlers. Les auteurs ne viendront pas, ils se cachent dans les magasins, se dissimulent parmi les clients ou aidés par Rosa Maria Gonzales, se mettent à l’abri dans l’ancienne bibliothèque de la ville. Quant
à Rosa Maria , elle est au septième ciel. Elle n’a
pas espéré un tel succès. Ils sont tous là.
Même son Rodrigue est venu. Peu importe si elle est la seule à
le voir, peut importe si cette réunion n’est qu’un fantasme, si
ce spectacle n’a lieu que dans sa tête. Ce qui compte, c’est qu’elle
puisse une dernière fois poser sa question à Rodrigue, en
s ‘amusant à terrifier ses auteurs qui pensent qu’elle s’adresse
à eux - Rodrigue as-tu du lien... ? |
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