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Auteur : Anatole Sternberg Date : 6 juillet 2002 Thème : "Le lien est mort" |
![]() Anatole chez le tapissier décorateur C.LASSALAS |
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La
science est le refuge des timides Rien à faire. Il ne se rappelle plus. Bien que quelques flocons de lucidité tombent doucement sur la patinoire lisse et quasiment vierge de sa mémoire, Friedrich ne parvient pas à se souvenir comment il en est arrivé là. Aucune trace mémorable, aucun signe d’une cause est gravé dans son esprit glacé. Pourquoi les gens le fixent d’un air bête ? Qui sont-ils ? En caressant machinalement sa moustache, qui est très impressionnante mais pas assez abondante pour se cacher tout entier derrière, Friedrich essaie de procéder méthodiquement et d’utiliser son intellect qui a du mal a calmer ses émotions mesquines et dérangeantes. Où est-il ? Dans un zoo ? Est-il peut-être le joyau terne du parc d’attraction du coin, un morse qu’on croit doté d’un intellect ? Friedrich pense au moins savoir qu’aujourd’hui est le dernier jour de la troisième année de sa résidence en tant que... en tant que... en tant que quoi ? Friedrich a de plus en plus froid. Nietzsche ! A tes souhaits ! Le froid glacial d’une peur impitoyable s’empare du corps nu de Friedrich... Halt ! Ah, mais voilà, c’est ça ! Il est, tout nu, assis dans la vitrine d’une maison de campagne qui, bien sûr, n’en est pas vraiment une. Panique. Il faut réagir, Friedrich ne peut pas rester là. Mais comment expliquer à la foule religieusement positiviste ce qui s’est passé ? En plus, Friedrich n’en sait pas plus que les spectateurs qui ne trouvent pas tous la situation drôle. Quelques-uns, de l’autre côté de la vitre, commencent à devenir nerveux et à se mettre en colère. Provisoirement, Friedrich tient bon, grâce à un solipsisme, inventé à l’improviste, en se disant que tout ce monde rassemblé devant lui n’est qu’une manifestation allégorique de son état d’âme, que l’endroit bizarre n’est qu’une projection de son intérieur, que tout ça n’est qu’une élucubration, une méchante attaque de paranoïa due à la fatigue. Comment parvenir à se dégager, une fois pour toutes, du lien avec cette fâcheuse situation avec laquelle il se trouve ? Avec toute la force qui lui reste, il fait un petit saut métaphysique dans la boîte qui se trouve à côté de lui et se cache comme le chat de Schrödinger pour se nihiliser ainsi. Tout
ça ne pouvait arriver qu’à Friedrich qui, il n’y a pas si
longtemps, est descendu de sa retraite à la montagne en hurlant
- Le lien est mort |
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