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à la rencontre d'univers

en liberté

Biographie

1954. Naissance de Cesare Battisti à Latina (ex Littoria), ville industrielle de la région de Rome, fondée en 1934 et conçue à l'image du régime fasciste de Mussolini.

1968. Il entre au lycée d'orientation littéraire Alessandro Manzoni, au grand dam de ses parents qui étaient prêts à sacrifier leur modestes économies pour qu’au moins le dernier de leur six enfants puisse atteindre une rentable formation technique. C'est l'époque où le milieu des étudiants est excité par la grande vague contestataire, le mot révolution est sur la bouche de tous, et Cesare, encore très jeune mais depuis toujours endoctriné par une famille religieusement communiste, ne peut pas rester insensible au vent de la révolte.

1971. Premier séjour en prison. Seulement quelque semaines, mais assez pour comprendre que "ce sont toujours les mêmes qui tombent et qu’à la violence de l'État il faut répondre avec les mêmes armes". Obsédé par l'idée de la rappropriation prolétaire, il abandonne définitivement l'école.

1974. Il est condamné à six ans de réclusion pour braquage : il n'y a pas de preuves contre lui, mais peu importe car "il s'agit d'un subversif déclaré, un criminel ".

1976. Grâce à la lenteur de la procédure pénale italienne, dont le but prioritaire est d'enterrer systématiquement tout délit d'ordre administratif, il regagne la liberté. Mais pas pour longtemps : le service après vente de la police se chargera en toute vitesse de le mouiller dans un nouveau braquage. Il arrive à s'échapper de justesse à l'arrestation et rejoint ses camarades à Milan, d'où bientôt naîtront les Prolétaires Armés pour le Communisme.

1979. Lorsqu’il tombe dans une vaste opération de l'antiterrorisme, lui et ses camarades proches savent bien que leur rêve révolutionnaire touche à sa fin. Pendant les dernières années la lutte armée avait incendié l'Italie et le Gouvernement en place avait recours à tous les moyens de répression: ratissages massifs de police, emploi de l'armée dans des opérations d'ordre public, attentats à la bombe, torture, impunité et centaines de millions pour les soi-disant repentis. Au procès il refusa de se défendre, c'était impossible, sa seule chance étant l'évasion.

1981. Ce fut le 4 octobre, après deux ans et demi de patiente préparation, tant par lui à l'intérieur de la prison que par ses camarades toujours en clandestinité, que grâce à une des toutes dernières actions des groupes armés il arriva à s'évader arme au poing. Ensuite, il rejoint d'abord la France puis le Mexique.

1984. Après avoir survécu en faisant toutes sortes de petits boulots, il commence à travailler comme rédacteur pigiste chez plusieurs journaux mexicains.

1986. Il est cofondateur du magazine culturel Via Libre, qui par la suite deviendra une référence créative pour la jeunesse mexicaine.

1988. Il est organisateur de la première Biennale latino-américaine de l'affiche à Mexico.

1990
. Il revient en France et écrit  son premier roman.



"Non riesco a sopportare le stronzate et il
fetore della sconfitta"

Bibliographie

1992 Les habits d'ombre, Série Noire, Gallimard

1994 L'ombre rouge, Série Noire, Gallimard

1994 Nouvel an nouvelle vie, Mille et une nuits

1995 L'air de rien, Autrement

1996 Buena onda, Série Noire, Gallimard

1977 J'aurais ta Pau, Baleine

1997 Copier coller, Père Castor-Flammarion

1998 Dernières cartouches, Joëlle Losfeld

2000 Terres Brulées, Rivages thriller  

2000 Jamais plus sans fusil, éd. du Masque

2001 Avenida Revoluciòn, Rivages thriller

2003 Le Cargo Sentimental, Joëlle Losfeld

2003 Vittoria, Eden Production. Illustrations de Alain Korkos

2006 L'eau du diamant, éditions du Masque

2006 Ma Cavale, Grasset/Rivages


CESARE BATTISTI

Cesare Battisti a fait son apparition sur les « terres brûlées » du roman noir européen  en 1993, avec Les Habits d'ombre. Il y parlait déjà de ses frères d'armes,  de l'exil au Mexique et à Paris, des trahisons et des manipulations politiques, de la vie au quotidien avec les problèmes d'argent, mais aussi de l'amour et la fraternité. Il n'a cessé, depuis, d'enrichir cet univers, nourri de sa propre expérience, dans plusieurs romans aux titres significatifs ‑ L'Ombre rouge, Buena onda, Dernières cartouches, et au style de plus en plus limpide. « L'écriture, tout en reprenant à son compte les antiques vertus narratives du discours oral, privilégie le côté événementiel du récit, jugé suffisamment riche de sens en soi pour se passer de tous ces commentaires à mi-chemin entre idéologie et psychologie, auxquels nous ont accoutumé certains rescapés de la Révolution », écrit-il lui-même dans la préface d'une anthologie (où il parle de lui en croyant parler des autres).

Battisti a choisi « le roman noir et son incorrection », qui « poursuivent sans répit la traversée de l'enfer. » N'allez pas croire pour autant que les « terres brûlées » de Cesare sont arides. Je ne sais pas pourquoi, mais elles me font penser à la fin d'Intervista, quand Fellini revient dans le hangar vide et sombre qui fut son plateau. « Voilà, le film est fini, dit‑il. Et ça me rappelle un de mes anciens producteurs, qui me suppliait : Comment ? ça finit comme ça ? Sans l'ombre d'un espoir... sans un rayon de soleil... Federico, donne‑moi au moins un rayon de soleil. » Et Fellini de conclure : « Un rayon de soleil ?... Bah, je sais pas... Essayons toujours... » Lumière d'un projecteur.

Il y a beaucoup d'ombre dans les titres et les romans de Cesare et on y tire ses dernières cartouches. Il y a beaucoup de lumière aussi. Elle vient du sourire ironique de l'auteur qui, aussi désabusé soit‑il, donne toujours au moins un rayon de soleil à ses personnages.

François Guérif

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