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Chroniques d'Amérique Latine,
n°2 |
Contacts : |
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Chronique
d'une mort |
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C´est l´histoire presque banale de l´extinction d´un peuple. Après la mort d´Ursula et Cristina, les deux abuelas indigènes de l´ile chilienne Navarino, l´éthnie Yaghan aura disparu. Victime de l´esprit colonisateur de l´homme blanc. |
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L´île
flirte avec le Cap Horn et son unique commune pourrait ravir à
Ushuaïa le titre lucratif de “ville la plus au sud du monde”. Pourrait
seulement, car Puerto Williams et ses paysages vierges et tourmentés
sont encore largement méconnus. Et les quelques milliers d´habitants qui
peuplent ce recoin du monde vivent a l´écart du reste du Chili. |
![]() Le quartier civil |
![]() Le quartier militaire |
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Née d´une première base établie par l´armée en 1953, Puerto Williams a conservé son caractère militaire mâtiné d´esprit pionnier. “Ici, la population est à demi militaire et à demi civile” explique un jeune appelé rencontré au hasard des rues poussiéreuses de Puerto Williams. |
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Non loin de là, un petit cimetière témoigne silencieusement de l´histoire de l´île et rappelle, presque à la dérobée, qu´il y avait de la vie ici, bien avant l´arrivée des militaires. Deux tombes rendent hommage aux derniers Yaghans de “sang pur” disparus au cours des vingt dernières années. Il ne reste aujourd´hui a Puerto Williams qu´Ursula et Cristina, métissées a une autre ethnie, pour témoigner de la culture yaghan. A plus de quatre-vingt dix ans, elle s´éteindront bientôt avec leur peuple. |
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Les
Yaghans (ou Yamanas) peuplaient la Terre de Feu avant sa colonisation.
Magellan les repéra lors de son expédition mais les premiers contacts
prolongés entre Yaghans et colons eurent lieu au milieu du 19ème
siècle. L´évangélisation des terres impies et les missions scientifiques
conduisirent les Blancs à la rencontre des peuples primitifs. Où l´on
retrouve Darwin, bien sûr, mais aussi la Première Année Polaire Internationale
de 1882 et enfin l´Autrichien Martin Gusinde, auteur d´une somme sur les
Yaghans. |
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Ursula et Cristina sont encore aujourd´hui les héritières du savoir oral des Yaghans, ce peuple de pêcheurs qui s´aventurait en canoé le long des détroits de Terre de Feu. Elles racontent que leurs ancêtres, habitués à vivre totalement nus même par un climat si froid, furent forcés de porter des vêtements par les colons choqué par la nudité du peuple soumis. Des vêtements qui, selon la légende, apportèrent la maladie et la mort. |
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Ursula
![]() |
Cristina |
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site de l'université
du Chili
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Les archives des nations européennes gardent également les traces de ce que certains Yaghans n´ont jamais pu raconter : les exhibitions ethnographiques a Berlin, Londres et Paris, les travaux d´anthropologie et d´ethnophotographie qui conduisirent a la déportation de familles entières qui moururent à petit feu sur le sol européen. |
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Aujourd´hui, les habitants de l´île souffrent de cette schizophrénie qui caractérise si bien les peuples colonisateurs à demi repentis. Alors que le musée de Puerto Williams s´acharne à conserver des traces de la culture et de l´artisanat yaghan, alors qu´une statue trône sur la place centrale pour célébrer les virtus du dernier chef yaghan, les descendants désormais totalement métissés des yaghans continuent de vivre, pour la plupart, dans des conditions déplorables. Victimes des préjugés habituels qui rodent autours des races décadentes : “alcoliques”, “fainéants” et “profiteurs”. |
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![]() La réserve où vivent les derniers Yaghans |
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Le Chili, à l´image des autres pays latinos troublés par la résurgence de la politiquement correcte “question indigène” préfère ainsi s´attacher à une vision romantique et folklorique des ses peuples natifs plutôt que de tenter de sauver ce qui peu encore l´être de cette Conquista sans fin. |
![]() Dans une rue de Puerto Williams |
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