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Chroniques
d'Amérique Latine, n°4 |
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Quel catholicisme pour l'extrême-occident latino? Au-delà des divergences doctrinales entre les Églises d'Amérique Latine et la hiérarchie vaticane (théologie de la libération en tête), la pratique d'une religiosité imprégnée de croyances indigènes renvoit le catholicisme orthodoxe dans les cordes. |
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Pour les touristes, c'est une manifestation folkolorique colorée, de celles auxquelles on assiste l'air mi-amusé, mi-condescendant : " Ils sont vraiment fous ces Boliviens! " Et avouons-le, le spectacle est hallucinant : comme tous les samedi, des propriétaires de voitures, taxis et mini bus décorés de franfreluches, attendent devant l´Eglise qu'un prêtre bénisse leur véhicule. Et attire ainsi sur eux la protection de la Santísima Virgen de la Candelaria, la Vierge de Copacabana. |
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Car Copacabana, petite bourgade bolivienne des rives du Lac Titicaca, vit du tourisme gringo mais aussi de se réputation de centre de pélerinage religieux. "Aprés le culte de la Virgen de Guadalupe au Mexique, celui de la Virgen de Copacabana est le second plus important en Amérique Latine, explique le Padre Victor, un des six franciscains qui régit le couvent de Copacabana, les croyants viennent de toute la Bolivie, bien sûr, mais aussi du Brésil et du Pérou!" |
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Affable, le prêtre répond calmement aux interrogations qui surgissent nécessairement face à la pratique de bénedictions en masse de véhicules. Les origines du culte de la Vierge sont pourtant extraordinairement banales : en 1583, la Vierge se révèle à un jeune paysan aymara* qui, immédiatement, sculpte une statue à l'image de l'apparition. Mais en pleine période d´évangélisation, en ces temps coloniaux où el indio n'était pas doué de raison aux yeux des Conquistadores, la révélation de Francisco Tito Yupanqui passe à la trappe. |
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La légende raconte qu'aprés une série d'autres miracles, le jeune Aymara finit par être pris au sérieux par des Augustins évangélisant la région. Le culte peut commencer, en même temps que la construction de l'édifice religieux. La Vierge fut couronnée Sainte Patronne de Bolivie en 1925. Est-ce pour se racheter d'avoir tardé à écouter la voix du peuple originel de Bolivie ou est-ce parce que le catholicisme bolivien est profondément marqué par la culture aymara ? Toujours est-il que le Padre Victor défend une vision métissée et locale du catholocisme : "Le catholicisme bolivien est totalement symbiotique. La culture populaire et la religion sont trés liées ici, elles sont inséparables. D´ailleurs, le lieu de culte de la Vierge était auparavant un lieu religieux important pour les cultures préhispaniques" explique-t-il. |
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Symbiose et oeucuménisme, certes, mais la bénédiction de voitures a tout de même un fort relent de paganisme. Petits arrangements avec la doctrine officielle ? "Il faut comprendre que la culture populaire bolivienne est très matérialiste. Par exemple, lorsqu´une famille engage la construction d'une maison, elle vient faire bénir une maison miniature. Vatican II a bien précisé que les membres du clergé devaient suivre les signes du temps....C'est ce que nous faisons" se défend le prêtre. |
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Sur le parvis de l'Église, c'est l'attente anxieuse au milieu d'une débauche de mercantilisme... Des rangées de stands vendent des babioles à bénir (maisons en allumettes, petites poupées, voitures miniatures) pendant que d'autres proposent la panoplie du parfait fidèle : croix en plastiques, décorations kitsch pour les véhicules et bouteilles de mousseux pour fêter ça. |
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Manuel est là avec toute sa famille. C´est son quatrième pélerinage. Il habite à La Paz et s´excuse presque d'être là. "Il faut nous comprendre, nous sommes très matérialistes et c'est comme cela que nous prions". Puis il porte autour de lui un air désaprobateur : "Il y a plein de gens qui en profitent pour se faire de l'argent et je ne suis pas du tout d'accord. Mais c´est notre façon à nous, les Boliviens, d'aimer Dieu. Nous lui rendons hommage de mille manières, en sacrifiant des lamas par exemples..." Brouhaha, il s´interrompt. |
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La bénediction vient de commencer. Une femme enceinte passe devant les voitures et explique qu'elle ressent de suspectes contractions : elle est aspergée d´eau bénite. Puis c'est au tour de la famille de Manuel, éclaboussée par le précieux liquide ainsi que le véhicule flambant neuf.Ça y est, c'est fini. Les pétards retentissent et on s'en va, satisfait. Manuel se retourne, radieux, et nous invite à boire les bouteilles de bières qui attendaient patiemment au soleil. * Les Aymaras sont un des principaux peuples préhispaniques de Bolivie.
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