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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Chroniques
d'Amérique Latine, n°5 |
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Ma prison en Bolivie |
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Au départ, ce n´est qu´une rumeur circulant parmi les touristes. Puis, l´information prend corps, en noir sur blanc, dans un des guides sur la capitale bolivienne : il est possible de visiter la prison de La Paz. Un nouveau genre de tourisme pour le quart monde ? |
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Prison
circus La prison de San Pedro est située en plein centre ville de La Paz, au bord d´une jolie placette. Première impression : on y rentre comme dans un moulin. La grille de l´unique entrée, que surveillent nonchalament quelques policiers, s´ouvre sans trop de formalités pour laisser entrer et sortir avocats et familles de détenus. Ces dernières, les bras souvent chargés d´immenses paniers que des fouilles rapides ne permettent jamais de sonder totalement... |
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Nous sommes à l´extérieur de la prison et, déjà, dans un autre univers. Fernando attend les touristes, collé à la grille, son visage entre les barreaux. Il hèle, interpelle dans un anglais rapide et saccadé : “Vous venez pour la viste; c´est 75 bolos par personne; faut revenir demain à 11.30; planquez vos appareils photos, les flics ne les verront pas”. 75 bolivianos par personne, ça commence à être une visite plutôt lucrative pour ceux qui l´organisent. Justement, qui sont-ils, ceux qui font rentrer des touristes dans la plus ancienne, la plus insalubre et, sans doute, la moins surveillée des prisons boliviennes? Les flics de l´entrée se contentent de nous renvoyer au service de presse de l´administration pénitenciaire pour de plus amples renseignements. Ils ne commentent évidemment rien de se qui se passe sous leur nez. A l´administration pénitenciaire, un gentil haut fonctionnaire, un brin blanc-bec, nous fait l´historique de San Pedro (et au passage de toutes les prisons de la Bolivie), son coût pour l´Etat bolivien (ridicule, 3 boliviens par personnes et par jours) et évoque les ateliers de réinsertions modèles que l´ont peut effectivement visiter à l´intérieur de la prison. Pour cela, bien sûr, il faut une autorisation trés speciale, remplir un formulaire en trois exemplaires et attendre la réponse de l´administration pénintenciaire. Feinte-t-il ou est-il réellement totalement á côte de la plaque? Ignore-t-il que, tous les jours, une trentaine d´individus, totalement extérieurs à la prison en font tranquillement le tour et qu´un revenu est tiré de cette actvité, à son nez et à sa barbe ? |
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Droit de visite Le lendemain, 11.30. Fernando nous attend et rassemble un petit groupe de 10 personnes, toutes un peu mal à l´aise. Un mot au gardien et nous sommes à l´intérieur. La grille se referme derrière nous; les détenus nous regardent à peine, blasés. Fernando commence “l´excursion”, nous présente ceux qui vont assurer notre sécurité et qui, rassure-t-il, touchent une partie du bénefice pour ce petit travail. Il parle vite, explique tout d´une traite : l´enfance à New York, le trafic de drogue depuis son plus jeune âge, la prison à NY et la peine qu´il purge à nouveau ici pour la même raison, 4 ans. Il est sec et nerveux, ne tient pas en place. Enfin, il se tait et la réalité nous rattrape : nous sommes au coeur d´une prison bolivienne, escortés par un traficant de drogue. Et cette prison est à des milliers d´années lumières de l´univers carcéral aspetisé d´Europe ou des Etats-Unis. A San Pedro, on se croirait dans une petit ville. Il y a des cellules-magasins, des espaces restaurants, un cinéma, un mini terrain de foot. La prison est un ancien couvent (une chapelle est d´ailleurs toujours là, au milieu); prévue pour accueillir 600 personnes, elle confine aujourd´hui 1300 hommes, femmes et...300 enfants. Ces derniers sortent tous les jours pour aller à l´école et rentrent le soir dans la cellule familiale. Certaines femmes de prisonniers, suivies des enfants, finissent en effet par venir habiter avec leur mari. D´autres couples naissent directement en prison oú les femmes sont admises pour la nuit sans aucun problème.... Le petit groupe de touristes découvre tout cela, mi-effrayé, mi-halluciné. Voilà à quoi ressemble une prison auto-gérée. Aucun gardien à l´horizon. Liberté totale entre quatre murs. Liberté totale et loi de la jungle. Fernando, toujours moulin à parole, aime faire trembler son auditoire. Alors il raconte l´accueil qui attend les violeurs à leur arrivée, la loi tacite qui veut que rien de violent ne se passe avant 17 heures....Effet garanti sur les touristes. |
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En avoir ou pas... C´est évidemment la loi du plus fort, mais aussi celle du plus riche qui régne. Les traficants de drogue peuvent acheter les cellules les plus luxueuses, dans les sections les plus sûres (dollars), d´autres, moins chanceux doivent errer de section en section, dans de véritable zones de non-droit. C´est la rançon de la prison auto-gérée : l´Etat ne repond à aucun besoin, il ne surveille pas et, donc, ne protège pas. Quand on se retrouve, une fois les autres touristes dehors, en tête-à-tête avec Fernando, on lui demande s´il préfère les prisons new-yorkaises ou boliviennes. |
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La réponse est immédiate, évidente : “Pour un mec comme moi, débrouillard et qui sait s´imposer, ici, c´est le paradis! Faudrait être fou pour vouloir autre chose. Maintenant, si tu es faible ou victime, il vaut mieux purger ta peine dans une prison occidentale ou l´Etat s´asssure que tu puisses te laver et manger régulièrement.” Même écho d´un autre détenu qui raconte que la nouvelle prison Haute Sécurité du pays est un véritable enfer : “Tu peux pas faire la fête, pas d´alcool, pas de drogue, pas de filles”. Alors qu´à San Pedro, Fernando propose à ses touristes, pour 100 dollars, de passer une nuit en prison avec un bouteille de whisky, de la marijuana, 5 grammes de cocaïne et...une solide protection. Devant notre surprise, il balance : “Et croyez moi, y a un paquet de gringos déjantés qui payent pour ça.” Depuis qu´un fonctionnaire de la prison a découvert son business, Fernando ne touche plus un centime sur les visites. Celles-ci continuent car elles offrent un petit salaire aux détenus qui escortent les touristes, et un gros haut fonctionnaire qui couvre le tout. Fernando prétend qu´il préfère travailler pour rien, parce que cela lui évite de “péter un cable”. En douce, il rajoute que cela lui permet aussi de raccourcir sa peine. Fernando, gouailleur et débrouillard, respecté membre de la hiérarchie de la prison, en a sa claque de San Pedro. |
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1 boliviano équivaut a à peu près 0,14 euros. |
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