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Chroniques
d'Amérique Latine, n°7 (dernier
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Petite
histoire colombienne : |
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Le sept août 2002, Bogotá est une ville étrangement calme. Dans les grandes avenues de la capitale colombienne coupées à la circulation, les bogoteños déambulent, surpris par l´absence d´embouteillage. Ils profitent du temps cotonneux pour, à la fois curieux et audacieux, partir à la découverte d´une ville qui se dit en état de siège. Ce jour-là, le nouveau Président colombien, Alvaro Uribe Vélez, prend ses fonctions. Sur les toits des buildings, à tous les coins de rues, les forces policières et militaires veillent. Petites silhouettes sombres et armées survolées régulièrement par les hélicoptères qui bourdonnent au-dessus de la ville : ce sont les 20 000 hommes déployés pour assurer la réussite de cette journée hautement symbolique. Car le nouveau Président, élu au premier tour avec 53% des voix, se présente comme le nouvel homme fort du pays. L´échec du processus de paix censé mettre fin à une guerre civile longue de plus de 50 ans, l´intensification subséquente des affrontements entre guérillas, militaires et paramilitaires, et une situation économique catastrophique (la pauvreté toucherait plus de 60% de la population) ont servi de tremplin à Uribe, qui a choisi la manière forte. Un slogan simple mais parlant “Mano firme, Corazon grande”* et une poignée de propositions radicales censées éliminer l´insécurité dans le pays ont, grâce à un mécanisme bien connu, transformé en votes l´exaspération et la peur de nombreux Colombiens. Pourquoi ne pas, par exemple, créer un réseau de plus d´un million d´informateurs civils, parfois armés, chargés de dénoncer toute activité suspecte potentiellement liée à la guérilla ? Personne ne peut assurer que ce genre de solutions va-t-en guerre, couplées à l´inévitable augmentation du budget militaire, saura finalement pacifier la Colombie. Pour l´heure, elles ont surtout déchaîné l´ire des guérilleros des FARC : tous les maires qui refusent de démissionner sont menacés de mort en raison de leur allégeance au nouveau gouvernement et la journée du 7 août est déclaré objectif militaire. Résultat, malgré le calme apparent, l´ambiance est surchauffée. Les médias en rajoutent et préparent les esprits en diffusant de longs reportages sur le risque terroriste menaçant la capitale jusque là préservée. Faut-il craindre, attendre ou bien espérer une attaque terroriste sur Bogotá ? Malgré la menace qui rode, le Président Uribe a l´air détendu ; peut-être apprécie-t-il ce jeu dangereux dont, pour l´instant, il sort grandi ? Le matin du 7, on a découvert une cache d´armes et une voiture a explosé dans un quartier du nord de la ville. La télévision attribue ce dernier fait aux “terroristes”. Qui sont-ils? L´information est-elle sûre ? Non, mais le terrorisme est un nouveau fourre-tout bien pratique ces derniers temps. Le mythe de la oleada terrorista* est en marche, alors que le seul évènement grave de la journée n´a pas encore eu lieu. En début d´après-midi, en pleine cérémonie de passation des pouvoirs, une explosion retentit, puissante. Comme en écho, les hélicoptères s´agitent, bientôt rejoints par les Mirages. On apprend bientôt qu´un tir de mortier a touché le quartier du Cartucho, à quelques rues seulement du Palais oú se déroule la passation. Seule une corniche du bâtiment sera abîmée. Mais on compte 15 morts et 40 blessés dans le Cartucho. La zone la plus miséreuse du centre de Bogotá, dont les habitants vivent déjà parmi les décombres et les ordures, aurait-elle été la cible accidentelle des FARC, défenseurs autoproclamés du peuple opprimé ? Peu importe, on ne s´embarrasse d´aucune précaution. La thèse médiatique, en parfait accord avec celle des autorités, est la suivante : les terroristes (les FARC ne sont quasiment jamais mentionnées) ont mené une vague d´attaques contre le Président et les honnêtes citoyens de la capitale. On affirme que l´IRA aurait aidé les terroristes dans leur nouvelle entreprise de guérilla urbaine. La Colombie se prépare à la guerre. Quelques jours plus tard, Uribe déclarera l´état d´urgence. Sa logique est en marche, tandis qu´une autre, plus discrète et dévastatrice, suit son cours : le peuple colombien voit se refermer sur lui les tenailles de la terreur et de la violence. *Main ferme, cœur généreux *Vague
de terrorisme |
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