|
Terreur
sur la Grosse Pomme
ou Lumière sur l'exemple new-yorkais
En 1993, Rudolf Giuliani devient maire de New-York pour le parti républicain.
Avocat dans les années 1980, il a fait tomber mafieux et golden boys ripoux.
Il se voit dans la peau de l'"Elliot Ness de Manhattan", le nettoyeur
de la ville. La sécurité est son projet numéro un. En 2001 il finit son
deuxième et dernier mandat, et c'est le temps des bilans : la criminalité
a chuté de moitié (des deux tiers dans le métro), le nombre de meurtres
de 65 %, on pourrait citer plus longuement des statistiques flatteuses.
Depuis ce succès, l'Amérique a les yeux rivés sur lui, et la France a
les yeux rivés sur l'Amérique. Giuliani aurait-il trouvé la réponse à
tous nos maux ?
Management appliqué à la police
Pour obtenir de bonnes statistiques, mettre la pression sur les policiers.
Le New-York Police Departement met au point un système de notation des
officiers selon leurs résultats : ils passent chaque mois au grill des
computer statistics de leur zone. L'efficacité se juge aux chiffres, la
police doit être rentable, efficacité maximale.
Théorie de la vitre brisée
C'est bien connu, qui vole un oeuf vole un boeuf. On commence avec un
tag sur un bâtiment et on finit par en agresser le concierge. Cette théorie
inventée par les criminologues de Harvard considère que des comportements
anti-sociaux mineurs trahissent une tendance à la délinquance grave. Il
faut donc traquer les petits délits. Marcher en dehors des clous, prendre
le métro sans ticket, boire une bouteille de bière qui ne serait pas enveloppée
du réglementaire sac en papier, tout cela devient un délit. C'est à dire
que n'importe qui est un criminel en puissance, et n'importe qui peut
finir avec douze balles dans la peau.
Collection de bavures
La preuve en est la collection des bavures du NYPD : Gidone Bush, tué
de douze balles pour avoir frappé un policier avec un marteau ; Amadou
Diallo, dix-neuf balles alors qu'il ouvrait sa boîte aux lettres ; Abner
Louima, les intestins et la vessie déchirés par deux flics qui l'ont sodomisé
avec un balai... Les manifestations contre les bavures se multiplient
dans les rues de New-York pour dénoncer les méthodes fascistes d'"Adolf
Giuliani".
Une nouvelle insécurité
Les populations noires et hispaniques (plus de la moitié des habitants)
sont bien sûr les plus touchées par les violences policières. La police
de New-York est aux trois quarts blanche et tous les observateurs s'accordent
pour dire qu'elle est raciste.
Le zèle excessif de la police ne se traduit pas seulement par les bavures,
mais aussi par la stigmatisation de populations un peu marginales. On
peut dire aussi que de nombreux New-Yorkais se sentent plus menacés que
protégés par la police et par la politique ultra-sécuritaire du maire.
New-York a-t-elle retrouvé sa qualité de vie ?
La tolérance zéro appliquée par Giuliani et prônée par beaucoup de nos
hommes politiques français est-elle une panacée ? Le tout-sécuritaire
est-il le meilleur moyen pour enrayer la criminalité ? pour rétablir un
sentiment de sécurité parmi les habitants ? On voudrait un plus grand
esprit critique devant cet exemple venu d'Amérique.
Aude
Vidal
www.chicheweb.org
Vos
réactions
|