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Hors
Série : La Sécurité dans tous ses états
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Voici une courte histoire où se mêlent le réel et le fictif, un instantané de la situation argentine telle que nous l´avons perçue au cours d´un voyage. De quelle insécurité parlent Le Pen et ses admirateurs ? Elle parait un tantinet dérisoire au regard de celle que vivent les Argentins dans tous les domaines de leur vie quotidienne. Après des mois d´une crise qui semble interminable, ceux-ci recherchent aujourd´hui la sécurité et les garanties qu´aucun discours sécuritaire et extrêmiste ne leur apportera jamais. Insécurités argentines Le téléviseur allumé projette dans la pièce une lumière bleutée. La speakerine ouvre son journal sur l'assassinat d´un dirigeant du Parti des travailleurs brésiliens. Plan resserré sur un corps criblé de balles. Un rapide commentaire : à Sao Paulo, les rapts et enlèvements ont fait un bond de 300 % en 2001. Leandro, à ce stade, n´écoute plus. Il se plonge dans son café matinal puis se lève et se dirige vers sa salle de bains. Il hésite à prendre une douche - depuis qu´il a perdu son emploi, les choses ne paraissent plus aussi faciles. Comme tant d´autres, le Ministère de la Santé argentin a fait les frais du dégraissage imposé par le FMI. Leandro a fait partie de la charrette - bien que parler d´un 33 tonnes serait plus approprié. Leandro sort acheter le journal et en profite pour faire quelques courses. Au moment de pénétrer dans le supermarché, il apercoit un employé du magasin en train de changer les prix : en blasé des poussées inflationnistes, Leandro se dépêche mollement de faire ses courses. Quelques heures plus tard, et son panier aurait coûté un cinquième de plus. Il rentre chez lui et parcourt minutieusement les petites annonces dans son journal. Il décrochera plusieurs fois son téléphone dans l´espoir d´un rendez-vous. * * * Leandro se lève, allume la télévision. “Les images qui suivent risquent de heurter la sensibilité des enfants”. Pause. La journaliste envoie la bobine. Une voiture fonce dans un groupe d´enfants. Plusieurs morts - gros plan. Leandro, écoeuré, éteint son téléviseur et plante là les journalistes latinos toujours friands d´anecdotes glauques et sanglantes. Voilà deux semaines qu´il cherche du travail. Ce matin-là, il décide de faire une pause. Il se rend dans un café. Seuls deux hommes assis à une table voisine discutent. Leandro a à peine le temps de commander une Quilmes que le plus jeune des deux hommes l´interpelle : “ Que tal, hombre ? Viens voir par là, j´ai besoin de ton aide pour remonter le moral de notre ami. Il vient de passer encore une matinée entière devant la banque et, rien à faire, personne ne veut lui rendre ses économies. J´ai beau lui dire qu´on peut vivre sans bas de laine, à claquer son salaire dans les bars, ca va pas mieux du tout....” “ Vous êtes marrants, j´ai bossé 40 ans pour m´assurer une petite retraite confortable, et, puta madre, je me retrouve sans rien.” “ La vache, 40 ans de boulot, c´est largement au-dessus de la moyenne nationale ! C´était un plein temps?” lance Leandro Le vieux s´effondre un peu plus. Les deux autres se regardent, et décident d´en rajouter une couche : “ Ok, c´est sûr, nos politiciens sont des vendus et des cancres et les meilleurs ont éte liquidés sous la dictature. Mais, y a encore une raison d´espérer : on va torcher tout le monde pendant la Coupe du Monde de foot!” “Allez Viejo, anímate, quand je trouve du boulot, je t´invite à regarder la finale chez moi et j´offre la bière” ajoute Leandro. Le vieux relève la tête, un vague sourire aux lèvres. * * * La télévision est allumée. Une fois passés les faits divers, la journaliste annonce d´une voix toujours neutre que le premier tour des élections présidentielles en France a vu l´avènement du leader d´extrême-droite. Leandro s´étonne de ce résultat. Comment la France, grande donneuse de leçons, a-t-elle pu succomber à une telle médiocrité ? Leandro n´a pas le temps de trouver la réponse à sa question : une Porsche s´avance le long de la cabine dans laquelle il est assis. La fenêtre s´ouvre sur un visage rasé de près, l´air sévère. La bouche s´ouvre : “ Vous savez, Leandro, la police a encore intercepté deux rôdeurs dans le quartier. Vous ne les avez pas aperçus, par hasard ? Je m´en doutais. Vous n´êtes pas uniquement payé pour regarder la télévision - vous êtes gardien de ce quartier, j´espère que vous savez ce que celà signifie.” La Porsche s´éloigne, avec à son bord un visage rasé de près, une montre en or, une carte d´assurance médicale privée, une maison dans un quartier gardé, un emploi important dans un ministère ou une entreprise... Léandro baisse les yeux, dissimulant un sourire insolent. Son regard se fige sur les deux revolvers posés sur le comptoir. Un frisson le parcourt. Devra-t-il s´en servir ce soir ? |
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contributions :
> "Jenin", par Alfredo >
"Primavera
a Jenin", par Roberto |
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