Appel à contribution

Les élections de mai et surtout les débats qui les ont précédées ont largement révélé l’existence d’un sentiment d’insécurité que tous ont reconnu ou cru reconnaître comme grave. Cependant, plus qu’un réel problème d’insécurité, ne s’agit-il pas plutôt d’une trop grande exigence sécuritaire ?

On s’aperçoit alors que le terme de sécurité a envahi l’ensemble du champ social et individuel : sécurité alimentaire, privée, sexuelle, domestique, familiale, informatique, sociale, étatique… La question sécuritaire est omniprésente, à la fois éclatée et multiple, dans tous ses états, dans tous les Etats.

Associant les idées de confort, de civilisation et de modernité, le désir de sécurité n’évoque-t-il pas un homme moderne, occidental, qui veut exister, vivre et s’engager sans jamais prendre de risques ? Il n’est alors peut-être pas anodin de remarquer que cette affirmation accompagne indissolublement les révolutions culturelles, médiatiques, sociales, politiques, économiques qui affectent (de façon positive ou négative) le monde contemporain. La sécurité n’est-elle pas alors perçue comme le seul moyen d’appréhender sereinement ces évolutions, tout comme en son temps l’idée de nation a accompagné la révolution industrielle ? Ces questions générales amènent à évoquer un ensemble de problèmes plus immédiatement préoccupants : D’une part, si la sécurité dans tous les domaines devient une raison d'État, une exigence sociale comme on le prétend, pourquoi la réponse serait-elle en priorité policière  ? D’autre part, quelles pratiques politiques sont finalement censées répondre au désir sécuritaire ? En effet, point faible récurrent du système démocratique, le discours sécuritaire a toujours été le cheval de bataille favori des dictateurs : sécurité synonyme de autorité, donc égal à moins de liberté.

Au regard de ce que nous préparent le résultat des élections et la mise en place d’un bien nommé « Ministère de la Sécurité », nous souhaitons aujourd’hui ouvrir le débat et inviter chacun à s'exprimer (textes de quelques lignes ou de quelques mots, dessins, musiques, histoires drôles, silences…) sur cette exigence sécuritaire dans toute sa diversité.

Cesare Battisti, Quentin Deluermoz et Noémie Giard