ViaLibre5

à la rencontre d'univers

en liberté

Extradition de Paolo Persichetti
Vos réactions

Lire l'appello
Lire la pétition
En savoir plus


LA DEMOCRATIE

Sous couvert de la soi-disant lutte contre le terrorisme, - un mot à l'effet magique inaltérable qui interdit toute protestation, toute réflexion et toute recherche documentaire - menée depuis le 11 septembre dernier par les pays se réclamant de la Démocratie, Paolo Persichetti, universitaire et ancien militant d'extrême gauche, a été extradé dimanche vers l'Italie pour passer les vingt prochaines années de sa vie entre les quatre murs d'une prison, et une vingtaine, voire une centaine d'autres personnes sont menacées de connaître le même destin.

La Démocratie n'est pour aucun pays au monde un acquis définitif, nous sommes loin encore de pouvoir nous glorifier d'aborder son rivage. Ne permettons à personne ce gargarisme mensonger. Une "Démocratie" qui se donnerait tous les droits répressifs et la raison absolue sur tout ce qui ne se conforme pas à sa pensée unique n'en est pas une, et marche d'un pas décisif vers le totalitarisme. Ceux qui voudraient sincèrement la Démocratie pour idéologie doivent admettre qu'ils ne feront jamais que s'en approcher, et qu'opposition et contrepouvoir sont, pour ce faire, une nécessité. Il ne peut pas y avoir et il n'y aura pas de Démocratie sans contre-pouvoir.

Il est inscrit dans la Constitution que lorsque la Démocratie est menacée, les citoyens ont le devoir de prendre les armes pour la défendre. Or un Etat qui réprime violemment des manifestants ou remet en cause le droit de grève[1] n'a pas droit à l'appellation "Démocratie". Nous établissons des labels de toutes sortes pour toutes choses, sauf dans le cas de cette appellation qui n'est pas suffisamment contrôlée, et encore moins par des commissions rendues incorruptibles par une composition méticuleusement réfléchie.

L'insurrection armée des années 70 en Italie a été provoquée par un Etat qui n'était pas un Etat de droit, dans une Italie qui ne marchait pas vers la Démocratie, pour maîtriser un mouvement de contestation populaire auquel nous devons aujourd'hui les acquis fondamentaux de toute Démocratie.

C'est l'Italie d'aujourd'hui, qui remet en cause ces acquis fondamentaux tels que le droit de grève[1] et de manifester et qui a puni de mort l'exercice de ce droit, celle-la même qui prétend juger les militants de l'époque. S'est-elle occupée de juger l'Etat de l'époque pour toutes ses exactions commises main dans la main avec l'extrême droite pour les attentats les plus meurtriers, souvent des attentats aveugles commis avec le soutien[2] et parfois même la participation des services secrets ?

(Selon le ministère de l’Intérieur italien, la responsabilité des actions terroristes perpétrées entre 1969 et 1980, le furent par :

l’extrême droite dans 67,55 % des cas
l’extrême gauche dans 26,5 % des cas
par d’autres tendances (ou pour d'autres motifs que politiques) dans 5,95 % des cas.
Source : « Le Monde diplomatique », août 1998.
)

Quand à l'Etat français d'aujourd'hui, il nous renvoie à de sérieuses interrogations quant à son appartenance à l'idéologie démocratique[3], et en particulier lorsqu'il collabore à un gouvernement italien pourtant sans équivoque.

Un gouvernement français élu à la majorité par le peuple qui lui a donné les pleins pouvoirs pour faire barrage au Front National a-t-il le droit aujourd'hui de collaborer en son nom avec un ministre de la justice Italienne membre de l'ex parti fasciste (aujourd'hui renommé Alleanza Nazionale)?

Les casseroles de Chirac, si elles lui en donnent le motif, ne justifient pour autant en rien l'implication de la France dans le tapage provoqué autour des réfugiés italiens pour couvrir le tintamarre fait par les casseroles de Berlusconi pendant qu'il prépare son auto-amnistie[4]. Il est grand temps que la France se souvienne des valeurs qui en avaient fait le pays des droits de l'homme, et se remette en marche vers cette Démocratie dont elle se targue avant de lui tourner définitivement le dos.

Mariette ARNAUD

 

1- cf. l'article de Salvatore Aloïse, intitulé "En Italie, des grévistes ont été fichés par la Police" paru dans Le Monde du 2 Août 2002 (article archivé sur le site du Monde : www.lemonde.fr)

2- cf. La "responsabilité de l'Etat italien dans l'amorce d'une" stratégie de la tension "" visant à radicaliser le mouvement pour l'envoyer dans le mur... Dossier du Monde Diplomatique d'Août 1998 (site du Monde Diplomatique : www.monde-diplomatique.fr)

- Encore aujourd'hui, Delfo Zorzi, activiste d'extrême droite, ancien membre d'Ordre Nouveau, vit au Japon, défendu par Gaetano Pecorella, avocat par ailleurs député de Forza Italia, Cf. l'article "La France extrade un ex-membre des Brigades rouges" de Félicia Chappuis, paru dans Le Figaro du 26 août 2002 (article archivé sur le site du Figaro : www.lefigaro.fr)

3- cf. deux articles, intitulés "Syndicalistes et juristes constatent une pénalisation de l'action militante" et "Le tribunal de Strasbourg s'est déclaré incompétent pour juger les militants antimondialisation No Border", parus dans Le Monde du 27 août 2002.(articles archivés sur le site du Monde : www.lemonde.fr)

4- cf. l'article du monde du 3 Août 2002 intitulé "Le Sénat Italien adopte une loi favorable à Silvio Berlusconi." (article archivé sur le site du Monde : www.lemonde.fr)

Retour
Page d'accueil, Magazine, Edito, Chroniques, Archives, Hors-série, Rédaction, Favoris