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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté ? |
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Nous étions au cinéma jeudi. A la sortie du film, j'étais assez sonnée. 21 grammes, la fatalité, t'as beau courir pour l'éviter, elle te rattrape et t'écrase. Pire, à ce moment là, t'es consentant, comme si on était complices, toi et ce putain de destin. Comme si la lutte n'était en fait qu'une danse rituelle, au cours de laquelle tu prends conscience des forces en lice, des règles du jeu, du fait que t'es perdant, t'es le perdant désigné. C'étaient tes thèmes, tes pistes. Je t'ai cité un mot (d'Oscar Wilde, il me semble): "Ah, les vainqueurs! Ils ne savent pas ce qu'ils perdent...". Tu as ri avec tous tes yeux clairs. On s'est bien compris, comme toujours. Nous, l'exil. Exilés bien avant d'être chassés d'Italie, l'exil comme un choix qui se renouvelle tous les jours, rien de bien glorieux, comme aller acheter son pain. Salé, dirait Dante. Amor fati. Se voir comme pour un rite tribal, sans plus croire à aucune tribu, sauf peut-être à celle du désir, jamais éteint. Te sortir de là parce que j'ai besoin de toi et de ta liberté d'exilé. Pour aller au cinéma et regarder tes yeux qui me regardent, lire tes lignes écorchées, t'écouter parler de l'écriture et des femmes, toujours avec tes mots secs, des mots de midi, cachant pudiquement leur ombre. Tu es dangereux, Cesare. C'est pourquoi ils t'ont choisi maintenant, parmi nous autres qui très probablement allons suivre, dans le calendrier malade de ce nouveau pouvoir sécuritaire. Te cueillir à la maison, en faire un événement médiatique, que le monde sache que la justice (!) rattrape les malfaiteurs. Pas tellement pour ce qu'ils on fait il y a 30 ans, mais parce qu'ils sont toujours malfaisants : pas intégrés, pas pliés, pas repentis, juste laïques au présent. Intolérable affront pour ce pouvoir moderne à l'écran où la seule réalité possible est celle du décalé, de la fiction. Nous avons refusé le sit-com "La loi nous protège", comme on a refusé "Les hors la loi sont romantiques". On a trop zappé. Te sortir de là. A bientôt, mon ami. (con il cuore) Paola
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