Message
envoyé par Alexandre Bilous, le 14 mars 2004
Alors que
Libération de vendredi (12 mars) et le Monde de samedi (daté
dimanche 14 mars) se font les vecteurs dune contre-offensive
idéologique de la part de militants de gauche italiens, dun
écrivain de talent et de grand renom (Magris) et dune
éditorialiste de la Stampa (Spinelli), les juges de la cour
dappel de Milan décidaient, le 12 mars, dacquitter
Delfo Zorzi (réfugié au Japon et citoyen japonais),
Carlo Maria Maggi et Giancarlo Rognoni, condamnés à
perpette pour avoir été les auteurs ou les complices
de l'attentat de la Piazza Fontana en 1969.
Le 12 décembre 1969, le premier attentat "aveugle",
"de masse", italien était perpétré
dans la banque de l'Agriculture, Piazza Fontana, avec 17 morts et
87 blessés.
La police accuse dans un premier temps un cheminot anarchiste, Pinelli,
qui sera suicidé par le commissaire Calabresi dans la nuit
du 15 au 16décembre. (Voir la pièce de Dario Fo: "Mort
accidentelle d'un anarchiste"). Puis c'est Valpreda, danseur
et anar lui aussi qui est inculpé en même temps que Merlino.
Les confessions d'un jeune dirigeant de la DC milanaise ouvre la piste
de néofascistes : Freda, Ventura et Giannettini sont condamnés
à perpétuité en 1979. Valpreda et Merlino sont
innocentés, mais condamnés à quatre ans pour
avoir appartenus à une association subversive (sic).
En 1981, la cour d'appel décrète l'innocence de ces
fascistes dansl'attentat. En 1987, deux autres fachos sont condamnés,
Stefano delle Chiaie et Massimiliano Fachini. Deux ans plus tard ils
sont acquittés tous deux. Un juge d'instruction de Milan, Guido
Salvini, reprend une vieille piste d'extrémistes de droite
: Delfo Zorzi, qui s'est réfugié au Japon, Rognoni,
Nico Azzi, Paolo Signorelli, Sergio Calore, Carlo Digilio et Ettore
Malcangi. Dans cette enquête, le nomù de Lucio Gelli
(patron de la loge P2) sera souvent cité. Le 30 juin 2001,
Zorzi, Maggi e Rognoni, sont condamnés à perpétuité.
Jusqu'au 12 mars dernier. Jeudi dernier.
Piazza Fontana a représenté un événement
considérable en Italie. Cet attentat a été l'élément
déclencheur de la "stratégie de la tension",
orchestrée par les services secrets italiens avec des fascistes
comme hommes de main; mise en oeuvre à la demande de la CIA
directement et par l'intermédiaire de GLADIO; soutenue par
une partie de la DC; appuyée par la loge P2. L'objectif était
de limiter l'influence du PCI, de créer la peur, de combattre
tout ce qui combattait l'ordre établi, dont le puissant mouvement
syndical et le mouvement étudiant.
Ces responsabilités sont aujourd'hui établies historiquement.
Mais pas encore reconnues sur le plan judiciaire, 35 ans après.
La Piazza Fontana reste encore aujourd'hui un attentat sans coupable.
Voir
http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/13-Marzo-2004/indice.htm#PZ49
Et
http://www.repubblica.it/2004/c/sezioni/politica/piazzafontana/piazzafontana/piazzafontana.html
|