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Lire
le texte de Paola de Luca
Lire
la réaction de Maxime Vivas,
qui signale en outre que le bureau
national d'Attac-France a signé la pétition
Erri
De Luca, dimanche 22 février 2004 (publié dans Le Monde):
"Cesare Battisti : Vengeance infinie
La france a eu besoin d'une révolution pour changer la monarchie
en république. L'Italie a eu besoin de secousses révolutionnaires
dans les années 1970 pour acquérir une démocratie.
Dans l'après-guerre, le portrait de la nation, sortie de la
chambre obscure du fascisme, était durci par un parti unique,
la Démocratie chrétienne, qui a gouverné sans
alternance pendant quarante ans. L'Italie s'est remuée dans
les années 1970 du XXe siècle à force d'à-coups
et de conquêtes de démocratie obtenues sur le terrain.
Contre ces transformations, des corps séparés de l'Etat,
restés impunis, réagissaient par des massacres et du
terrorisme.
Dans cette Italie, la plus forte gauche révolutionnaire de
l'Occident s'enracinait dans la rue. Cette génération
à laquelle j'ai pris part a été la plus incarcérée
de l'histoire d'Italie.
Beaucoup plus que celle enfermée dans les prisons des vingt
années fascistes : beaucoup plus. Le record continue avec des
peines sans fin qui se prolongent encore aujourd'hui contre la génération
des vaincus.
Aujourd'hui, un ministre de l'intérieur du gouvernement italien
peut crier victoire pour l'arrestation d'une femme en fuite depuis
plus de vingt ans, Rita Algranati, c'est-à-dire une femme qui
a cessé de se battre depuis un quart de siècle pour
se consacrer à l'art imparfait de la fugue.
Aujourd'hui, chez nous, avec une ranc¦ur indemne, on continue
à proclamer d'éclatantes victoires sur des vaincus d'il
y a trente ans, faisant passer cette persécution pour une chasse
au terrorisme.
L'histoire des soldats japonais qu'on déniche encore dans une
île de l'océan Pacifique et qu'on libère de l'obligation
de continuer une guerre archifinie : chez nous, on fait le contraire.
L'Etat va débusquer des vaincus de la dernière lutte
du siècle passé pour leur dire : la guerre continue.
C'est un encanaillement du sentiment, plus que de la raison. Il s'applique
seulement aux révolutionnaires battus du XXe siècle
alors que, pour tout le reste, chez nous, on pardonne n'importe quel
bandit du moment qu'il est entrepreneur et propriétaire d'une
équipe de foot.
La France a été attentive à temps à notre
démocratie empoisonnée par des lois et des tribunaux
spéciaux où se pratiquait une justice sommaire dans
des procès contre des centaines de militants condamnés
en bloc. La France et sa pensée juridique ont donné
refuge à un nombre significatif de ces militants en fuite qui
avaient déclaré leur adieu aux armes. La remise de Paolo
Persichetti à la vengeance pénale italienne a été
un triste épisode, mais, surtout, une aide injustifiée
à un gouvernement imprésentable en Europe et qui s'est
inscrit au tableau des satellites des Etats-Unis.
La France, qui a fait valoir ses raisons dans la folle entreprise
militaire irakienne, ne peut pas se contredire en donnant crédit
et aide à un gouvernement qui a besoin de se vanter de nouveaux
incarcérés à exhiber victorieusement. Des trophées
d'une chasse terminée depuis un quart de siècle, une
collection de corps à empailler dans le musée de la
vengeance infinie : ça suffit. Libérez les poignets
de Cesare Battisti et laissez à leurs vies françaises
les Italiens qui ont trouvé chez vous une patrie, deuxième
et meilleure.
LE MONDE
Erri De Luca est écrivain.
Traduit de l'italien par Danièle Valin."
JEF TOMBEUR : JE ME SOUVIENS DUN PAYS, LA FRANCE
(envoyé par C. Mesplède)
Journaliste, traducteur, il vient de publier Femmes & métiers
du Livre, chez Talus d'approche (www.talus.be).
"Je
me souviens d'un pays, la France, qui a toujours accueilli les opposants
de certains pays africains, leur assurant des moyens de subsister,
tant bien même étaient-ils originaires de pays aux dirigeants
amis. Ils étaient, sont, envisagés en tant que «
solutions de rechange », d'ailleurs susceptibles de changer
par la suite d'alliances, de ne pas plus respecter les droits de l'homme
que leurs prédécesseurs au pouvoir, mais il n'était
pas question de se priver de leurs bons offices.
Cesare Battisti n'est guère susceptible d'apporter des appuis
ou services à la France, alors, qu'importe.
Je me souviens d'un pays, la France, qui accepta certes qu'un Ben
Bella libéré de sa mise en résidence surveillée
puisse venir en France, mais s'empressa de trouver une solution d'accueil
en Suisse. Ben Bella, libéré par Chadli, était
considéré pouvoir favoriser des contacts avec le F.I.S.
Le renvoyer en Algérie les aurait compromis.
Cesare Battisti n'est guère susceptible de favoriser des contacts
avec une fraction de l'opposition italienne, alors, qu'importe.
Je me souviens d'un pays, la France, qui utilisa Michael Plunkett,
Stephen King et Mary Reid (les « Irlandais de Vincennes »),
et se ridiculisa.
Cesare Battesti n'est guère susceptible de faire un terroriste
crédible, alors, qu'importe.
Qui seront les prochains ? Des Formosans livrés à la
Chine populaire ? Des Sarahouis au Maroc ?"
LE SOUTIEN DE LILLUSTRATEUR JEAN-CLAUDE CLAEYS (envoyé
par C. Mesplède)
Lillustrateur
Jean-Claude Claeys, qui réalisa les superbes couvertures de
la collection policière NeO « Miroir Obscur » nest
guère bavard. Il préfère sexprimer en images.
Je le remercie de mavoir adressé cette illustration accompagnée
de ces quelques mots :
L'arrestation de Cesare Battisti et sa prochaine extradition sont
une infamie, naturellement... Les temps sont noirs et l'esprit qui
a présidé à la réalisation du projet de
l'affiche pour Cognac s'en ressent.
Jean-Claude
Claeys
voir l'illustration
FRANCIS
ZAMPONI : DEUX QUESTIONS (envoyé par C. Mesplède)
Journaliste,
romancier, il a signé une trilogie qui évoque sans manichéisme
la guerre dAlgérie et ses séquelles (sort des
pieds-noirs ; action terroriste de lOAS ; situation des Harkis).
Je mets
de côté la sympathie personnelle et littéraire
que je ressens pour Cesare ainsi que ma solidarité spontanée
envers toute victime d'un appareil d'état pour poser deux questions
:
- Le détenu
n° 282 069 X aurait-il droit s'il était extradé
dans son pays à un procès équitable et serein
? Ni ce que je sais de la procédure pénale de son pays
ni ce que je sais de l'ambiance politique et judiciaire qui y règne
ne me permettent de répondre affirmativement à cette
interrogation.
- Le détenu
n° 282 069 X a-t-il commis dans son pays d'accueil une infraction
qui justifierait le retrait brutal de la protection qui lui a été
accordée ? À ma connaissance aucune condamnation n'a
été prononcée contre lui dans son pays d'accueil.
Il me semble
donc équitable que le détenu 282 069 X ne disposant
pas dans son pays d'origine des garanties qui s'attachent à
la présomption d'innocence et n'ayant subi aucune condamnation
pour infraction à la loi dans son pays daccueil, puisse
continuer à jouir librement de l'asile politique qui lui est
accordé de facto depuis 1990.
À
moins que les gouvernements concernés ne nous expliquent que
leurs attitudes se justifient par l'établissement d'un nouvel
ordre moral européen qui rejetterait définitivement
et sans autre forme de procès dans le « camp du mal »
tous ceux qui ne se sont pas assez repenti de leur participation,
à un titre ou un autre, aux mouvements de contestation de la
fin des années soixante.
Francis
Zamponi
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