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CORREIO DO BRASIL, Lundi, 19 mars 2007

Le Brésil ne doit pas extrader Cesare Battisti *
Par Rui Martins 

Il y a des moments où une décision de la Justice brésilienne peut transmettre au monde un message de sérénité, d’équilibre et de pondération. Cet article se veut un manifeste proposant aux personnalités brésiliennes, dont beaucoup ont connu l'exil politique, de se mobiliser pour demander à notre Tribunal Suprême le rejet de la demande d'extradition de l’ancien militant de l'extrême gauche Cesare Battisti, arrêté à Rio de Janeiro.

Condamné par contumace à la prison perpétuelle en Italie pour quatre crimes dont il nie être l'auteur, Cesare Battisti avait bénéficié, en France, d'une décision du président Mitterrand qui s’était opposé à l'extradition des anciens militants révolutionnaires italiens. Après sa fuite au Mexique où il a survécu à l’aide de petits boulots, estimant être enfin en lieu sûr, Battisti s’est mis à écrire des livres policiers, obsédé peut-être par sa propre histoire de fugitif - une espèce de Jean Valjean italien poursuivi tout le temps par un obsédant Javert.

Il est devenu gardien d'immeuble à Paris afin de subvenir aux besoins de sa femme, rencontrée lors de sa première évasion d'Italie en traversant les Alpes à pied, et à ses deux filles. Ecrivain et concierge, l'ancien militant Italien de la PAC, Prolétaires Armés pour le Communisme, ce petit groupe Italien qui, luttant contre le pouvoir, « est tombé dans l'embuscade de la lutte armée », comme il le dit lui-même, s’attendait à vivre de cette façon le reste de sa vie. Incarcéré pour la première fois à l’âge de 25 ans (il en a aujourd'hui 53), il avait réussi à s’évader au bout de deux ans grâce à une opération réalisée par ses compagnons.

Fin du gouvernement Mitterrand, puis fin de son amnistie politique. Une nouvelle demande d'extradition faite par l'Italie a finalement été acceptée par le gouvernement français de Jacques Chirac. Refusant d’être extradé vers l'Italie et d’y passer le reste de ses jours en prison, Cesare Battisti a repris sa vie de fugitif. Au cours du jugement d'extradition, Battisti a nié les crimes qui lui sont reprochés et souligné l’inhumanité de sa peine - « qu’adviendra-t-il de ma femme et de mes filles, que je ne pourrai plus voir et ni soutenir ? En vérité, elles seront elles aussi condamnées avec moi ».

 

Pourquoi ne faut-il pas extrader Cesare Battisti ?

En dehors de la question humanitaire, les crimes dont il est accusé auraient normalement déjà été prescrits puisqu’il se sont déroulés au début des années 70. Ces crimes appartiennent à une époque révolue de l'histoire politique européenne – celle des Brigades Rouges qui se sont manifestées tant en Allemagne qu'en Italie. Une des dernières militantes Allemandes a finalement été graciée après trente ans de prison. C’étaient de jeunes idéalistes d'origines diverses, animés par le désir de changer le monde, qui ont glissé sur la mauvaise pente de la lutte armée sans avoir compris qu’il serait impossible d'arriver à leurs fins par cette voie.

Comme dit Cesare Battisti, on est tombés dans une embuscade tendue par les options idéologiques de cette époque. Durant ces années-là, le choix de la violence était aussi justifié par nombre de philosophes et d'intellectuels - on s'imaginait qu'à la violence du pouvoir capitaliste on devrait opposer la violence révolutionnaire.

Cette page politique, qui eut aussi des répercussions au Brésil, a été refermée et révisée. Ceux qui ont commis des actes de violence tout autant que les idéologues se sont transformés en partisans d'une lente mais pacifique évolution sociale grâce au jeu démocratique.

Le cinéaste Fernando Solanas, dont les films Tango Exílio et El Sud sont si empreints de poésie, ne pourrait plus être condamné aujourd'hui pour avoir été l’auteur d’une œuvre aussi révolutionnaire que Là Hora de los Hornos à une époque où il était encore sous l’influence de la révolution cubaine et du sacrifie de Che Guevara.

Chacun de nous doit, un jour ou l’autre, tourner la page. Le Cesare Battisti d’aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celui des années 70. Une peine ne peut pas devenir une simple vengeance et, dans son cas, il faut tenir compte du fait qu’il nie avoir commis les crimes dont on l’accuse.

En outre, le Brésil a amnistié tous ceux qui ont participé aux évènements de cette époque, durant la dictature militaire. Une amnistie dont ont bénéficié aussi les professionnels de la torture, qui n'étaient nullement motivés par la volonté de changer le monde et la soif de justice sociale. Faire une exception à un principe que notre pays a déjà adopté serait un contresens et une injustice.

Ne serait-ce que parce que le gouvernement brésilien d’aujourd'hui a beaucoup de militants issus de ce passé et qui ne mènent pas pour autant une vie de fugitifs. Si la Justice brésilienne veut appliquer le traité d'extradition avec l'Italie, il appartiendra au président Lula, qui a déjà démontré sons sens de la justice, d’amnistier Cesare Battisti et de lui permettre de vivre dans notre pays avec sa famille. Ce sera une décision humaine.

En plus de cela, l'analyse du cas Battisti doit tenir compte du fait que son arrestation a été l’œuvre de l'actuel candidat à la présidence de la France, Nicolas Sarkozy, dont les déclarations contre les étrangers et la création d'un ministère de l'Identité Nationale rappellent les dangereux slogans des années 30. A cette époque, il s’agissait des juifs, aujourd'hui des immigrés arabes. En réalisant ce coup électoral, Sarkozy met en cause l'honorabilité même de la France, puisque le président Mitterrand avait promis, au nom de la France, de clore ce chapitre.

Le Brésil ne doit pas être complice du jeu électoral de la droite dure française qui prétend gagner des votes de l'électorat d'extrême droite en emprisonnant un ancien révolutionnaire.

 

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* Traduction Bernard Pasobrola